Vendredi 10 avril 2009
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Oulan Bator, 23 mars 2009
Assise sur le pas de la Poste en attendant Christine, je m’imprègne de l’atmosphère de la capitale. Deux gamins portant un bébé en pleurs s’assoient à côté de moi. Ils me parlent. Je ne
comprends rien mais je devine bien ce qu’ils veulent. Je me contente de sourire. Le bébé pleure. Les deux gamins commencent à chanter un chant nomade à deux voix. Les voix me transportent
instantanément. Le bébé cesse de pleurer et s’endort. Les barres d’immeubles s’effacent devant moi, les panneaux publicitaires géants bordant la grande avenue principale se brouillent et
laissent place à la steppe. Le flot ininterrompu du trafic et des moteurs s’estompe. Il ne reste plus que ces deux voix qui me portent à travers les collines de la steppe. Comment font
ces deux gamins pour avoir tant de force dans la voix ? Le chant s’arrête. La ville reprend ces droits. La réponse est là : Christine sortira de la Poste, nous passerons notre chemin comme
les autres. Les deux gamins et leur bébé ramasseront les quelques billets récoltés auprès de vieux nomades nostalgiques ou quelques citadins attendris. Ils rentreront se mettre au chaud
avec leurs frères et sœurs de rue. Chaque soir, ils sont plus de 9 000, ces gamins des rues abandonnés, à descendre se réchauffer pour la nuit entre les canalisations de chauffage de la
ville grondante.
Par Bout'
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Vendredi 10 avril 2009
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Par Bout'
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Vendredi 10 avril 2009
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Là voici tout à son avantage : Je vous présente Christine
(notez à l'arrière plan la haute production fourragère de notre zone d'étude...)
Voici celle qui partage mes nuits sous la tente après des jours sans douche et qui me soutient au moment de
déguster le gras de mouton qui nous est servi.
En quelques mots, christine est passionnée de voyages en vélo (elle a traversé l'Hymalaya après avoir travaillé comme prof de Français au Kirghistan le temps d'apprendre de Khirghis et le
Russe). Elle déteste faire de la voiture, le café, la vodka, ne plus rien avoir à lire quand elle a épuisé sa réserve de 5 livres par semaine, recevoir des mails de l'attachée de
l'ambassade de France en Mongolie concernant la balade dominicale ou la belote du samedi au bistrot français de l'association des Français en Mongolie (elle s'est d'ailleurs déjà mis à dos
l'ambassade ; pratique quand on fait un stage perdu dans le Gobi...). Elle ADORE faire du vélo, marcher, jouer au Rugby, aller faire du ski de rando à vélo. Elle peut boire des litres de thé et
de lait de chamelle fermenté (même si le dernier breuvage laisse parfois quelques séquelles). Elle est une militante active de la mobilité douce (par exemple aller faire de la randonnée en
train et transports en commun, bref, ne pas prendre sa voiture ou l'avion quoi) qu'elle pratique continuellement. Elle craint un peu le soleil...
Et nous voilà donc parties toutes les deux en stage de développement agricole en Mongolie, désireuses d'agir en accord avec nos convictions... arpenter le pays de la vodka dons un ENORME mini
bus consommant bien ces 20 litres au cent et empestant l'essence sous le soleil de plomb du désert...
Bienvenue dans le Gobi !
Mais heureusement, nous avons un plan...
Nous comptons bien acheter des chameaux pour le reste du stage. Un pour nous et un pour Mina, notre interprète merveilleuse sans qui nous ne serions rien ici, qui, avec ses 3 mois de
grossesse , tient un rythme d'enfer dans la steppe !
Par Bout'
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Vendredi 10 avril 2009
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En entrée, os à sucer et viande de mouton tout juste cuits sur le poêle, pâtes à la viande et au GRAS de
viande ensuite (le gras étant le morceau de choix pour les invités... et cette fois il n'y a pas de sable sous la yourte pour cacher le gras...) Et si on ne finit pas les morceaux de gras, on a
droit à du thé au lait salé avec les morceaux de gras flottant car on le thé est servi dans le même bol.
C'est tout simplement EXCELLENT. La viande est succulente.
Et si on est
chanceux et que l'éleveur a quelques chamelles, on a droit à la boisson fétiche : l'"OUNDA" à base de lait de chamelle fermentée. Délicieux. Parfois on a aussi droit à la Vodka maison à
base de lait de vache. Ça se boit comme du petit lait mais les effets sont à retardement...
Par Bout'
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Vendredi 10 avril 2009
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Par Bout'
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Vendredi 10 avril 2009
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Par Bout'
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Dimanche 12 avril 2009
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08:21
Pour ces qui me demandent la raison de l'intitulé de ce blog, voici l'explication en quelques mots
:
A l'agro, on me surnomme Boutade depuis que j'ai raconté la fameuse blague du Chien Jaune qu'un guide haut
savoyard aime raconter et que j'aime beaucoup également mais qu'aucun de mes mes amis à l'Agros ne trouve drôle. Ils la trouvent même affligeante, c'est vous dire le manque cruel d'humour dont
ils font part ! C'est donc en hommage à Jeannot (le guide haut savoyard) et à sa blague ainsi qu'au superbe film de Byambasuren Davaa sur la Mongolie (Le Chien Jaune de Mongolie) qui elle même s'est inspirée d'un conte traditionnel mongol (La Cave du chien
jaune), que j'ai choisi d'intituler le blog ainsi.
Le film de Byambasuren Davaa montre bien la période de transition que traversent les éleveurs
mongols.
Byambasuren Davaa se penche sur les interrogations, doutes et espoirs que suscite la modernisation chez les
éleveurs mongols. Comment les adultes peuvent-ils encore faire confiance, sacraliser le chien abandonné par ceux qui partent pour la ville et qui erre parmi les loups ? Comment les enfants
peuvent-ils comprendre la méfiance et les recommandations de leurs parents ? Elle illustre aussi la difficulté des parents à transmettre à la fois à leurs enfants le goût pour la terre, les
croyances ancestrales et l’érudition.
Par Bout'
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Lundi 27 avril 2009
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Alors que les premières herbes commencent à pointer timidement le bout de leur nez en ce début de printemps
après une minuscule averse de quelques mm,
(oui, la photo est de travers, désolée)
une violente tempête de sable s'est levée sur Bayankhongor,
Et alors que nous sommes bien à l'abri dans la mini bus lancé à 80 km/h sur les pistes ravagées (ça
fait pas super impressionnant dit comme ça 80km/h mais sur les pistes ici donne des sensations fortes je vous assure) car Dorj, notre nouveau chauffeur, a peur pour sa carrosserie que le
sable raye,
les éleveurs qui n'avaient pas prévu le tempête sortent en catastrophe de leur yourtes pour aller
chercher leurs troupeaux à chameaux ou à cheval, affrontant le vent déchirant chargé de sable. Ceux qui avaient prévu la tempête les ont déjà rassemblés dans les enclos près des yourtes.
Le lendemain, de nombreuses bêtes perdues errent en solitaire dans la steppe, tous les troupeaux de chevaux qui sont d'ordinaire non gardés se sont instinctivement rassemblés le long de
la piste principale, formant un ENORME troupeau. Une vieille éleveuse à qui nous rendons visite nous résume les faits : c'est une CATASTROPHE pour la pousse de l'herbe. Les premières
pousses ont été cassées par le vent et ensevelies sous le sable. Ces tempêtes sont courantes au moi d'avril. Elles peuvent parfois être suivies de tempêtes de neige. Bref, la vie n'est
pas facile pour les herbes ici.
Le paysage au lendemain de la tempête est un peu triste. Tous les pâturages sont ensevelis sous le sable. On ne peut pas s'empêcher de penser aux steppes de Chine du Nord qui ont disparu
sous le sable avec le désertification, phénomène accéléré par le surpâturage. Le régime communiste de l'époque augmentait les quotas de production avec la demande grimpante de
viande par la population chinoise de plus en plus nombreuse a alors accéléré le surpâturage et le phénomène de désertification. La dégradation des pâturages a également été accélérée par
l'augmentation du nombre de chèvres à cachemire dans les troupeaux avec le prix rémunérateur de celui-ci . Les chèvres sont bien adaptées au climat ici et ont toujours été très présentes
dans cette région aride. Elles mangent des espèces différentes des autres animaux ce qui les rend complémentaires mais contrairement à eux, elles arrachent les racines des plantes qui ont
un rôle essentiel dans la stabilisation du sol dans ce milieu écologiquement fragile et soumis à la désertification. La proportion de chèvres dans les troupeaux qui oscillait autour de
40% pendant la période communiste dans notre région d'étude a atteint plus de 85% aujourd'hui depuis la décollectivisation et la privatisation des troupeaux.
Les éleveurs sont demandeurs de nouveaux puits dans des pâturages qui n'en sont pas pourvus. Demande tout à fait compréhensible car les prix des produits animaux baissant, ils sont alors
contraints d'augmenter leurs effectifs pour garder un salaire constant. Ils aimeraient donc pouvoir exploiter de nouveaux pâturages car ceux sur lesquels ils pâturent sont surpâturés. Le
problème, c'est que l'absence d'eau dans ces pâturages a historiquement joué le rôle de préservation de ces pâturages qui constituent alors des "réserves de pâturage" exploitables en cas
de coups durs. Lors d'hivers rudes par exemple où les animaux peuvent pâturer et d'abreuver grace à la neige. Des éleveurs de passage peuvent également faire paître leurs animaux en
restant seulement un ou deux jours avant de retourner vers un point d'eau... Quelle seraient donc les conséquences de l'ouverture de ces réserves de pâturages à la pâture en y creusant
des puits ?
Bref, tout ça est problématique et un peu complexe. Mais bon, il paraît qu'on est là pour ça...
Par Bout'
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Mardi 28 avril 2009
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12:05
Voici au premier plan une baratte dans laquelle est fabriquée l' "ounda", lait de chamelle fermentée, et à l'arrière plan, une partie du chamelier.
Pas mal la vue de au réveil le matin hein ?
P.S. : Pour convaincre certains qui ne s'imaginent pas qu'il puisse y avoir des chameaux en Mongolie, quelle idée d'ailleurs, il y en a tellement ! Voici quelques spécimens :
Ceux-ci sont des jeunes de 1 an d'après notre chauffeur. Il y a même des chameaux sauvages dans la régions. Ils paraît qu'ils sont encore plus gros que les chameaux domestiques. Qu'est ce
qu'ils doivent être gros alors !!!
Par Bout'
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Lundi 18 mai 2009
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15:42
Bayankhongor
devant chez nous
(ça c'est le chill devant notre immeuble)
Chez nous, c'est un peu kitch...
Le terrain
Alors là Christine n'est pas en train de prier, ni de vomir dans un casserole (c'est plutôt moi la
spécialiste pour ça, sauf que j'oublie, enfin j'ai pas le temps, d'enlever le couvercle alors ça éclabousse bien partout, et surtout sur les affaires de Christine, et ben oui, tant qu'à faire
hein. C'était un jour où on avait mélangé trop d'eaux différentes selon le chauffeur, oui parce qu'ici, pas de problème pour mélanger les alcool (Vodka-Bière, Bière-Vodka, ...) mais attention,
il ne faut surtout pas mélanger les eaux...). Non, Christine se lave tout simplement les cheveux dans cette casserole qui nous sert vraiment à tout... , et ben oui, quand on n'a pas l'eau
courante on devient très inventives...
Passage par l'Arkhangaï...
De gauche à droite, Mina notre interprète en or, Bagtour, le véto mongol travaillant pour AVSF, Bata,
notre chauffeur barge qui manque de nous mettre sur le toit dès qu'il peut et qui ne va pas souvent où on voudrait qu'il aille, oui parfois on l'étranglerait, mais on l'aime bien quand même
(enfin je crois...), et Chrstine, vous l'avez reconnue. Pique-nique à la viande de cheval. Hum
(de gauche à droite, Titouan, Christine, Soledad et Laurent, le compagnon de Catherine notre maître de stage qui est un passionné des oiseaux... Un vrai régal de se promener avec un
ornithologue comme lui...)
Avant de retourner à la capitale...
Par Bout'
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Lundi 1 juin 2009
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Salut !
Des moments de pur bonheur
Quand les vieux éleveurs, les yeux pétillants, se replongent dans des archives conservées miraculeusement
pour nous, dans des souvenirs datant de 1957, l'année du tremblement de terre où 60 familles ont comme eux, été déplacé car la montagne s'était effondrée, bloquant la rivière à jamais. "Oh
c'est mon père qui a organisé le déplacement dans la coopérative voisine ! Regardez, c'est son écriture" " Et celui-là ! Et ben il est mort. Et puis celui là aussi ! Ils sont tous
morts...
On s'approche peu à peu en tremblant d'émotion.
Par Bout'
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Dimanche 21 juin 2009
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Par Bout'
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Vendredi 21 janvier 2011
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"Ah vous les occidentaux..." Soupir
Pas très facile de comprendre ce que les éleveurs trouvaient de si différent chez nous.
Puis : "Ah vous êtes devenues de vraies mongoles maintenant " nous disait-on à la fin de notre séjour. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi non plus sauf peut-être parce qu'on buvait le thé au
lait et qu'on mangeait le gras de la viande.
Mais avec le recul je comprends mieux.
Les éleveurs mongols que nous avons rencontré ont une vie tout aussi occupée que la notre, voir plus. Mais ils prennent les choses comme elles viennent et ne prévoient pas beaucoup, voir pas du
tout, à l'avance.
Ils sont très francs et spontanés. Si une conversation les ennuie, ils vont le dire, voir même sortir de la yourte alors que vous êtes toujours en train de leur parler. Ils passent à autre chose,
c'est fini. Pas de complication. Ce qui doit être dit est dit, ce qui doit être fait est fait, on n'en parle plus. On laisse venir la suite et on l'accueille de la meilleure manière qui soit.
Par Bout'
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